Erasme, L’Epicurien et autres banquets

Le banquet profane, le banquet religieux, le banquet disparate

introduction by Michel Onfray

Book cover: Erasme, L’Epicurien et autres banquets

Extent: 160 pages

Publisher: Les Belles Lettres

Subjects: Early Modern & Renaissance Studies, Philosophy

Series: Encre Marine

Language: French

Paperback (Published)

(May 2004)

ISBN: 9782909422800

Price: $29.00

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Erasme fut un precurseur du christianisme epicurien en formulant une synthese originale entre le christianisme et l’epicurisme, la realisation de l’un coincidant avec celle de l’autre. La publication du Banquet profane (1518), du Banquet religieux (1522) et de L’epicurien (1533) permet de decouvrir cette pensee ignoree par l’Eglise catholique et ouvrant alors un boulevard a la Reforme.

  • By (author) Erasme
  • Introduction by Michel Onfray

"Au coeur de ces quatre textes d'Erasme se tissent des liens inattendus, voire inesperes, entre chair et spiritualite, et s'instituent des correspondances entre les nourritures terrestres et celles de l'ame. Ainsi, de L'Epicurien au Banquet profane, du Banquet religieux au Banquet disparate, c'est bien de la reconciliation entre le materialisme, sous sa forme antique, et du Christianisme dont il est question. C'est avant tout a une improbable enigme ethique qu'Erasme se confronte dans ses Dialogues. Si tout n'est que matiere et agregation reglee d'atomes, autrement dit si tout est corps, l'ame, la mort et Dieu lui-meme ne sont que des evenements d'ici-bas, et en ce cas tout est autorise car Paradis et Enfer, transsubstantiation et Trinite, Jesus-Christ et ses apotres ne sont que des fictions, des superstitions. Sans l'au-dela des corps c'est le sens et la force de toute discipline qui se trouve abolie.Or, ce qu'Erasme trouve chez les antiques c'est bien cette idee tres moderne que le corps, s'il est bien un destin, n'est en rien une fatalite, qu'il peut etre change, controle et discipline par l'ame elle-meme. C'est aux victuailles, aux mets, au gibier en sauce comme aux legumes farcis que va s'attacher la reflexion de l'auteur et de ses personnages. En effet, repas, diners et banquets fournissent tout a la fois un cadre a la vie publique, a une civilite a definir et a respecter, mais aussi l'epreuve par excellence ou le corps doit moderer volupte et jouissance, se hausser contre tout abus possible a la hauteur de la dignite de l'ame. Or, nous avons un corps, et mieux que quiconque Epicure nous a appris a en faire bon usage, en jouissant de la mesure, du controle de soi, afin de nous elever a notre grandeur d'homme contre l'animalite. Partant, des que l'on est homme il est possible de viser Dieu, de vouloir Dieu, et c'est en mangeant a la gauche d'Epicure et en face de Jesus-Christ qu'Erasme nous convie a l'exegese de la bible. Rejouant la Cene, ces quatre banquets sont autant des manuels de savoir-vivre que des moments de la comprehension de soi expliquant subtilement que la volupte est peut-etre plus chez le Franciscain que dans les orgies de nos contemporains. Quand on les interroge a ce sujet, l'immense majorite des editeurs affirment, la main sur le coeur, que c'est la qualite d'un livre - et non l'eventualite de son succes - qui dicte sa publication, mais peu d'entre eux mettent effectivement ce principe en pratique. Parmi ces resistants d'un autre temps a la loi du marche, il faut compter Jacques Neyme, et son indispensable maison d'edition Encre marine. Je veux la beaute pour tous, et non plus reservee a une elite... Jacques Neyme publie, dans sa Bibliotheque hedoniste - avec la complicite de Michel Onfray - des textes merveilleux ou il apparait que plaisir et religion sont faits pour s'entendre. D'apres Epicure, ecrit Erasme, la felicite humaine reside dans la volupte, et il tient pour l'existence la plus fortunee celle qui connut le maximum de plaisir et le minimum de desagrements... Une bibliotheque hedoniste peut paraitre etonnante, voire redondante, alors que notre epoque semble placer le plaisir au centre des preoccupations du quotidien des hommes. Quoi de plus naturel , en effet, que la recherche du plaisir et du bonheur dont on sait que les humains sont naturellement en quete selon les propos d'Aristote. La tradition aura su donner des exemples de vies heureuses - et c'est heureux ! Les exemples ne sont toutefois pas des modeles aises a suivre. Le bonheur recuse les guides et le plaisir est polymorphe par essence. Max Scheler, definissant l'homme moderne comme quelqu'un de tres triste au milieu de choses tres agreables , mettait le doigt sur les contradictions dont nous souffrons. La philosophie, dans ses marges - illustrees ici par les noms d'Erasme, Valla, La Mothe le Vayer, Cyrano de Bergerac, Bentham - aura fourni ses talents au service d'une pensee libre des asservissements qu'ideologues et maitres a penser auront dispense et dispensent a loisir et a tort. S'il etait un nom sous lequel rassembler de si divers auteurs, ce serait celui d'Epicure. Un Epicure reacclimate en terre chretienne - a tel point que l'on a pu parler d'un epicurisme chretien , Temoignages du libertinage erudit selon Rene Pintard, plus mentionnes que lus faute d'editions accessibles. Pas de litterature mineure, mais des ignorances majeures, des refus complices, des surdites convenues, des paresses acceptees. Il y a encore beaucoup a lire, a decouvrir, a penser a nouveaux frais. Sans fanatisme, ni gout obscurantiste pour les marges ! Le plaisir de decouvrir et de lire ces textes ne devrait pas decevoir tous ceux pour qui la culture est autre que ressassement des auteurs scolairement et universitairement estampilles. Il faut lire ces livres, rares a plus d'un titre : par la rarete des textes qu'ils donnent a lire (premiere traduction, magnifique, par Laure Chauvel du De voluptate de Lorenzo Valla apres cinq siecles d'occultation, par exemple), mais aussi par la qualite unique de l'edition : prefaces sobres et elegantes du directeur de la collection, Michel Onfray, ou erudites, par exemple de Jean-Charles Darmon sur La mort d'Agrippine, qualite materielle, enfin, de ces ouvrages qui honorent l'edition, dite petite et dont devraient rougir d'envie et de honte toutes les autoproclamees grandes maisons . "